Sunday, August 13, 2006

Enfin... une réunion utile?

Que reste-t-il de ce pays ?

Ce pays qui fut un jour beau… accueillant et joyeux.
Que reste-t-il de sa bonne humeur.


Cette énergie qui se recycle depuis des décennies à survivre.
Guerre après guerre… destruction après destruction…
Folie des uns… criminalité des autres… il en a vu de toutes les couleurs.

Cette force durable qui se perpétue.
Elle crée et recrée… désastre après désastre ce paradis commerçant au soleil.
Ce ciel bleu… ces montagnes… ces eaux et cette mer… seront-il à la hauteur du mythe.
Et notre résistance légendaire…
Cette âme de guerrier… de survivant… de conquérant… de marchand domptera-t elle l’abattement.
La fatigue… et le désabusement.

Je me tiens aujourd’hui face à cette absurdité que nous vivons et me félicite.
Je me félicite de ce peuple.
De ce pays.
Au nom de l’endurance et du courage... des astuces de vie et des compromis avec la mort.
Je me félicite… du sourire et de la flamme que je retrouve encore dans les gestes de mes compatriotes.
Je trouverais mon courage dans leur ambition… leur volonté de refaire et de revivre.
Je me félicite d’être née libanaise.

Une armée à protéger

L’armée est prise en captivité.
Marjayoun… ils sont prisonniers dans leur propre caserne.
400 soldats impuissants… aussi démunis que les civils.
Otages d’une guerre qui ne les concerne pas… où ils ne comprennent rien et n’agissent pas.

A la merci de leur bourreaux…
Captifs non négociables… non négociés.
Etrangers à ce conflit dont ils devaient être le centre.

On leur a tout permis… sauf de faire leur devoir.
Des militaires interdits du droit de se battre… de mourir pour la nation.

Deux jours plus tard… ils furent libérés.
Même leur détention s’était avéré inutile.


Dans le convoi qui les transportait... eux et les habitants du village... un raid rechargea.
Acharnement et 14 morts.

Pourtant après le cessez-le-feu prévu pour lundi matin... l'armée sera en charge.

Saturday, August 12, 2006

Un homme qui pleure

Dans un Orient machiste et patriarcal… est il permis d’avoir une âme.
Habitué aux figures d’hommes qui crient… s’emportent et nous mènent à la mort… comment accepter un premier ministre qui a du cœur.
Un homme au pouvoir qui à trois reprises verse trois larmes.

Ce technocrate vient d’un temps de paix où l’économie et la démocratie avaient encore de la valeur.
En l’espace d’un an… il fit face à la mort d’un mentor et ami… l’indépendance d’un pays et l’attaque israélienne sur le liban.
Rôdé aux jeux de la raison… mal préparé aux horreurs d’une guerre de force inégale... il regarde ces cadavres d’enfants et s’étrangle dans une boule d’émotion.

Cette sensibilité nous mènera-t-elle quelque part… où sommes nous perdus d’avance face à l’effondrement émotif d’un gouvernement de la dernière chance.

Les hommes de cœur seront la face nouvelle d’un Orient en voie de reconstitution.
Ils précèdent peut-être l’ère des femmes… et la paix dans le monde.

Thursday, August 10, 2006

Posture fière et des épingles dans l'oeil

Les flocons du mois d’Août

Sodeco… 14h00.
Les déjeuners sont devenus nos seules sorties.
Le reste du temps on se terre dans les maisons… ou on travaille.
Autant que possible dans des circonstances pareilles.

Une avalanche soudaine de flocons de neige nous couvre.
Des papiers… blancs.
Des tracts israéliens…

Il s’est mis à pleuvoir des avertissements.
Ecrits en arabe… ils stipulent la prochaine attaque sur la zone telle… telle et telle.
Sont avertis les partisans du Hezbollah... et les autres.

Autour de nous… la population court récupérer ces tracts… dans l’air et sur le sol.
Pour le souvenir ou pour mieux comprendre son malheur… ainsi écrit noir sur blanc.

Décidément le ciel s’acharne sur nous… Dieu est en vacances.

Des bombes à nos funérailles

Dans leur testament… les martyrs de Chiyah ont demandés des bombes à leurs funérailles.
En pleine cérémonie de deuil… voilà les avions.
Les bombardiers sont au rendez-vous… prêts à attaquer.
Ils attaquent bien évidemment.

Même les morts sont dans leur ligne de mire à présent.
Mieux valent deux morts qu’une.


On raconte qu’ils préparent des bombes capables de nous traquer dans l’au-delà.

Espérons que ça va leur prendre du temps… avant de pouvoir dévaster nos paradis.

Tous les martyrs vont ils au Paradis?

Les ponts de toutes les phobies

Tous les aspects de la modernisation nous font peur.
Depuis le début de la guerre de Juillet 2006… on réfute la technologie.

Les usines… les transformateurs d’électricité… les stations d’essence et les camions en tous genres.
Mais surtout… surtout le réseau routier.
Les routes à ponts sont le pire des cauchemars.
On a une impression permanente qu’elles vont sauter dans la seconde qui suit.

La route qui relie mon travail à ma maison de refuge… est une belle autoroute.
Elle est entièrement construite de ponts.
Des ponts au-dessus… des ponts en-dessous.
Rien que des ponts… et une peur sourde à chaque passage.

Un champ de mine à l’échelle d’une nation.

Voisinage et atrocité

Chiyah… dernière frontière sécurisée.

On est en famille… par un après-midi de chaleur beyrouthine.
Sur le balcon.
Il y a les parents… les enfants.
Et les cousins du Sud venus se réfugiés sur cette rive encore épargnée.
On papote… on ne rie pas.
Personne dans tout le Liban n’a le cœur à rire… mais on est là.

Tous ensemble.
Et puis… entre deux bouffées de narghileh.
Plus rien.
Plus rien que les cendres et les pleurs.
Du sang… et du silence.
Deux immeubles entiers disparurent cet après-midi et toute vie qui les anime.

La sécurité est une illusion dans ce pays… tout comme l’insouciance et l’allégresse.

Monday, August 07, 2006

Etalées


Protestation muette pour le massacre de Houla... la honte et le remords vont bien finir par les submerger.

Confinement, folie et mauvaises nouvelles

Avec l'ère de la guerre… les routes bombardées et la peur de quitter un nid que l'on croit protégé vient le confinement.
Vive le confinement.
Allers­-retours de pièces en pièces…
Allers avec retour des réfrigérateurs pleins á craquer de provisions gourmandes.
Je dis adieu á ce qui reste d'équilibré d'un esprit soi-disant sain.

Mêmes espaces…
Mêmes gens qu'on aime…
Mêmes conversations qu'on n'aime pas sur notre avenir et notre foutu présent.

De pièce en pièce… de télé en télé s'installe confortablement un brin de folie nerveuse.
Agitation exagérée… nervosité dans la voix… gestuelles mouvementées.
Je suis internée dans une maison.

Une ponctuation de mauvaises nouvelles pointe toutes les heures de toutes parts du pays… voulant parfaire ce paysage calme et serein.

Le marathon des chiffres

Le marathon de l'été ne fut pas celui qui était prévu.
Ni celui pour lequel on a fait la publicité toute l'année.
Avec la guerre se présenta le «marathon des chiffres».
Une course entre Israël et le Hezbollah…
Une course à deux niveaux.

La première concerne le nombre de ponts mis à terre suivi par le nombre de roquettes qui suivirent.
Puis la riposte calculée du nombre de bâtiments détruits précédé du nombre de victimes.
Civils… bien évidemment.

La seconde concerne les combats terrestres et le nombre de soldats et de combattants tués.
Dans une espèce de jeu vidéo de la télé-réalité… on assiste á une montée en croissance de victoires démenties de sitôt par le camp voisin… reconfirmé par la premier partie… re-re-confirmé par l'autre camp jusqu'à l'ennui total ou un combat plus important qui se déroule.


3… non 5… non 7… non13… 33… non 25… 19… non 37… jusqu'à notre infini.
Progression arithmétique sur la vie d'êtres dont á force de se la jouer virtuel… on a oublié qu'ils sont humains.

Nouveau guide de la maison libanaise

La superficie des maisons libanaises est grande relativement aux autres pays.
En ce moment… je me plais à penser que c'est en prévision des guerres.
En cas de conflit … on reste chez soi.
On ne bouge pas… on se blottit.

Les chambres à coucher se transforment en quartiers de l'avant-midi.
L'après-midi on profite encore du soleil et du salon… tandis que l'électricité se repose en vue d'une longue nuit.
A déjeuner… on varie entre la salle á manger et la cuisine selon la sécurité attribuée a la pièce et l'intensité des raids.
Le soir… c'est autour de la télévision dans le séjour qu'on se réunit.
La nuit… le couloir a la côte de popularité.
Coincé de part en part par des chambres… il représente sécurité et sommeil.

Ci-dessus la visite guidée d'une journée de bombardements.

Heureusement que la maison est spacieuse.

Saturday, August 05, 2006

Nos parents n’ont plus de réponses

Depuis trois semaines... On vit dans l'inconnu.
On a beau faire des calculs et des théories... de jouer au stratège de guerre.
Rien ne sert.

Hier encore… je demande à mon père son avis sur une décision à prendre.
Mon paternel est une référence ultime prouvée… grâce à une vision et une intelligence supérieure.
Mais ce soir… manquant à toutes les règles d’or des parents qui savent tout… il me répond calmement.

En ces temps là on ne peut rien prévoir.
Chacun fonctionne sur ses propres intuitions.
Tu juges.

Je suis devenue officiellement responsable.

L’hôpital à abattre

Sept enfants sont morts.
Dans un hôpital… lieu de soins.
Espoir de vie et de guérison.
Il a fallu que l’hôpital soit à côté de la maison d’un dirigeant du Hezbollah… on l’abattit.

Désolé… ”Casualties” de guerre.

L’incident est clos… on passe au crime suivant.

Thursday, August 03, 2006

Wednesday, August 02, 2006

Le temps de la pénurie est revenu

Pire que les bombardements et la peur… la guerre comporte un affreux handicap.
Les pénuries…
Pain… lait…viande… provisions… électricité… benzène et mazout.
Enfin… tout ce qui vital à une vie contemporaine.
Dés les premiers signes de déficience de ces produits élémentaires… commencent les files d’attente.
Les défilés d’impatience… et les mines inquiètes.

Aujourd’hui… débuta la pénurie du fuel.
Drame existentiel quand on sait qu’une ville comme Beyrouth fonctionne essentiellement de ça.
Par ça… sur ça… et pour ça.
Pas de transports en commun… qui prennent la relève des voitures privées.
Pas d’électricité gouvernementale… pas d’électricité privée qui se manifestent plus de quatre heures par jour.
Le retour à la belle vie…
Aux beaux jours d’une époque qu’on avait noyé de souvenirs gais et jovials d’une après-guerre qui dura se que durent les trêves dans cette région du monde… c'est-à-dire dix ans.

Ici… la parole fonctionne sur le mazout… ou plutôt c’est la parole du mazout qui fonctionne.
Son absence risque de nous entraîner dans un mutisme dont nous ne pouvons que gémir.
A défaut de crier.

Faux-cessez le feu

Nos voisins les attaquants ont trouvé un moyen génial de plaire à la communauté internationale tout en faisant exactement ce qui leur convient…
Déclarer un faux-cessez le feu.
Comme les faux-semblants… les fausses façades… la fausse modestie tout ce qui sauve la face sans jamais toucher au fond du problème.
Le cessez le feu fut le passage obligé après un réveil scandalisé du monde entier face au carnage de Qana.
Il fut la transition d’une marmite bien mijotée à grosse flamme à une cuisson méfiante à petit feu…
Histoire de préparer… l’attaque à venir.

Avec le début du cessez le feu… jamais le ciel libanais n’a autant bourdonné d’avions israeliens.
Leur brouhaha couvre toutes les conversations… mais surtout ne présage rien de bien.

Pourtant… La vie semble avoir repris ses droits.
Prudemment… à petit pas.
Elle est bien gardée d’un œil dont on n’est pas sûr… de sa bienveillance.

Mais Beyrouth… aime tellement vivre et ça lui va si bien.